Un beau dimanche de navigation hivernale

De Sète à Port-La Nouvelle, en passant par Barberousse et Gruissan Beau dimanche

Je suis réveillée par les gabians, ces coqs du bord de mer qui saluent le lever du jour de leurs aoouh, aoouh tonitruants. La météo est excellente pour cette ultime étape : NW 2 à 4 ! Le soleil est déjà haut quand on sort de Sète, au pied du cimetière marin cher à Paul Valéry et des gradins du thêatre de la Mer. Brassens lui, est enterré au cimetière des pêcheurs, côté étang de Thau, on célèbre le 30e anniversaire de sa mort cette année, plusieurs événements prévus ici, dont la remise en état de son bateau « Sauve qui peut ».

Sète le cimetière marin

Sète, le cimetière marin et le thêatre de la Mer

On passe devant la petite plage de la corniche, qu'il ne reconnaîtrait pas, ce cher Georges : un ensemble immobilier concentrationnaire la défigure totalement. Le vent tarde à se lever, on longe la longue zone d'aquaculture au moteur. Ce n'est qu'à l'approche du fort Brescou devant le Cap d'Agde que cela commence à frémir. Il fait 20° dans la cabine, carrément chaud au soleil.

Beaucoup de voiliers qui se dispersent lentement en éventail depuis la sortie du port. La mer est bleue... méditerranée et calme comme un lac. Le cap'tain savoure ce moment à la barre, à profiter de chaque souffle pour faire avancer le Moustic... à 0,5 nd.

voiliers tri voiliers

Enfin le vent rentre du sud-est, cap direct vers nos pénates... à 4nds. Dommage que l'on ne puisse pas remonter le Rieu jusqu'à la maison ! C'est trop facile, le cap'tain part en sieste, m'abandonnant les commandes. Il faut lofer pour ne pas traverser ce quadrilataire mystérieusement interdit au sud de Valras, je n'ai jamais compris ce qu'il y a au milieu des quatre balises cardinales ? ça forcit un peu en fin d'après-midi, le soleil en plein dans le cap pour atteindre le port Barberousse, au sud immédiat de Gruissan, où nous décidons de passer la dernière nuit, pour voir nos amis Jacques et Monique... et avoir l'électricité au ponton. C'est l'ancien port de pêche au bout d'un long canal peu profond, nous y sommes déjà allés, le Moustic ne cale que 1,20 m.

Contrairement à notre habitude, nous affalons tout dehors, le chenal est trop étroit pour une quelconque manoeuvre. Un oeil sur le sondeur, nous scrutons les rives bien découvertes et avançons à toute petite vitessse. "les autres fois, on n'avait pas le sondeur, là on voit bien qu'il y a pas beaucoup d'eau..." Le cap'tain a à peine fini sa phrase qu'on se plante sèchement (sic), coup d'arrêt brutal ! Arrière toute, la quille longue pivote et on ressort facilement. On va où ? je demande, pensant qu'il va me dire : on rentre à La Nouvelle. Ben non, lui il veut réessayer ! Inutile de discuter de toute façon.

On va passer un poil plus à gauche, sur l'extérieur de la courbe, ça devrait le faire... 20 mètres plus loin, on se replante et cette fois on y reste ! ça m' vénère, et il paraît que c'est moi qui suis le plus têtue ! Bon, c'est pas le moment de s'engueuler, on a du public : trois badauds lors du premier plantage qui ont fait des petits pour venir au spectacle des fadas avec leur voilier planté au milieu du canal ! Et ça crie des conseils : faites giter !... et ça s'indigne qu'on n'entretient pas le port !

Moi je me dis qu'on est bon pour attendre la marée... mais c'est dans combien d'heures ici ? On est 2 jours après la nouvelle lune, gros coef, ce doit être sensible ici aussi ? En théorie, ça devrait remonter de 30 à 50 cm mais à quelle heure ? On va passer la nuit là. Au moins, pas besoin de faire des quarts de mouillage. (tout ceci in petto, bien sûr, si je le dis tout haut, il m'étrangle !).

Et pendant ce temps-là, la méditerranée... joue avec les galets... Le moteur ronfle, le cap'tain, imperturbable, y croit. Le Moustic est complètement en travers du canal maintenant et ne bouge pas d'un poil. Hisse le foc et borde-le, et puis mets-toi à la gite, on va y arriver. Bien chef !... et le chef... a toujours raison ! Avant même qu'on s'en aperçoive, les badauds nous crient, ça y est vous bougez ! En effet, tout doucement et puis d'un coup le Moustic s'élance. Bon alors, on va où ? A Gruissan au port près d'une borne, j'ai pas envie de me geler la dernière nuit à La Nouvelle sans électricité.

Il fait nuit noire quand on s'amarre devant la capitainerie éclairée a giorno. Un petit cassoulet sorti de la boîte (un comble pour une toulousaine !) pour se réchauffer et dans la couchette !

Sortie Gruissan

En sortant du port de Gruissan

Au matin, la météo nous gratifie d'un BMS pour toutes zones, mais à partir de l'après-midi seulement. C'est du beau temps brumeux et pétole. Moteur jusqu'à Port-La Nouvelle où l'on s'amarre au ponton devant la Douane peu avant midi. Je laisse le pavillon Héo à poste.

Sois sage Moustic, on revient te chercher dans quelques jours. Port-La Nouvelle

Commentaires

1. Le jeudi 10 mars 2011, 10:13 par hue.cocotte

que celui qui ne s est jamais plante me jette la premiere pierre;je suis peinard
mais il faut dire qu ils y en a qui cherchent

2. Le vendredi 11 mars 2011, 21:55 par zig zag

vous avez fait une belle ballade que j'ai suivit jour aprés jour,je suis Breton j'ai fait la meme ballade en rentrant de Croatie l'année derniere,retour en bretagne par le canal du midi,je réve déja de retourner sur votre grande belle et chaude blue d'ici deux ou trois ans,votre mére est peut éttre un peut dure et surprenante mais quand on suit la météo elle est tout a fait domptable
A+ Zig zag

3. Le vendredi 11 mars 2011, 22:10 par Moustic

Super fière de savoir que ma prose est lue... maintenant je passe mes soirées à ajouter les photos : quel boulot !

4. Le jeudi 17 mars 2011, 18:06 par jane

Zig Zag n'est pas très gentil avec Guite... Mais elle lui pardonnera sûrement !

Je poursuis la lecture en faisant le voyage à l'envers.
A bientôt.

5. Le jeudi 17 mars 2011, 21:48 par Moustic

Ah ces Bretons... la seule qu'ils connaissent bien c'est l'Iroise !

:-D

6. Le vendredi 18 mars 2011, 11:17 par nitrosails

Je viens de lire tous les récits de votre périple. C'est captivant, la prose est agréable et accrocheuse.
Vivement un prochain voyage.

Yann

7. Le vendredi 18 mars 2011, 22:51 par Moustic

T'as raison, vivement le prochain !
pas avant l'automne, hélas !
Merci.