En passant le Grand Rhône

c'est le jour idéal pour traverser la Camargue, une des étapes les plus longues sans abri de méditerranée.

Entre Beauduc et Faraman

Belle journée de voile en perspective mercredi, départ avec un bon NE 3 à 4B, GV et foc 1. On barre chacun son tour pour le plaisir, le bateau glisse sur une mer à peine vivante. On croise plusieurs voiliers, c'est le jour idéal pour traverser la Camargue, une des étapes les plus longues sans abri de méditerranée.

Vers midi, ça mollit entre Beauduc et Faraman. Le cap'tain aperçoit deux pingouins, trop loin pour tenter une photo, mais nous en avons déjà vus dans ce coin-là auparavant, leur comportement est très caractéristique : tête arrondie noire et blanche qui cherche de tous côtés, au ras de l'eau, puis plonge et ressort plus loin, saute de tout le corps fuselé hors de l'eau puis s'arrête, regarde de tous côtés, etc... tout comme leurs cousins manchots dans le Pacifique sud, ça ne s'oublie pas.

Le vent tombe complètement, moteur et pilote électrique. Un quart d'heure plus tard, ça rentre du sud, force 2B. Arrêt moteur, on laisse le pilote. On passe à l'intérieur de la bouée Piémanson, puis on entre dans la veine de courant du Rhône, l'eau devient limoneuse, couleur mastic avec des remous. Le courant nous fait dévier parfois de 20°.

Un cargo sort de l'horizon sur tribord, il faut être attentif à l'approche du golfe de Fos. Le vent faiblit encore et j'ai du mal à régler le pilote. Je reprends la barre et j'appelle le cap'tain parti en sieste.

regardes, la barre est bizarre, y a presque pas de vent et il faut que je la tienne comme ça pour garder le cap (je la tiens à 30° au vent)...

On tergiverse un moment, persuadés qu'une avarie de gouvernail se prépare. Allez, moteur à 2000 tours, on verra bien, je barre le plus soft possible en direction de Carro, port le plus proche et le plus aisé à atteindre. S'il le faut, on peut même mouiller dans la petite baie à côté, juste avant le cap Couronne. Le cap'tain craint qu'une soudure de la patte supérieure du safran ait lâché, il l'a pourtant fait refaire à neuf après la même avarie il y a 5 ans ! Et quasiment au même endroit, il avait fait réparer à Pointe-Rouge (Marseille)... après une traversée de la rade avec un safran de fortune. J'appelle Carro à 16h15 à la VHF sur le 9 pour demander une place et signaler qu'on ne sera peut-être pas bien manoeuvrant... pas de réponse. On laisse rentrer un pêcheur et on le suit. Tout doucement on se met au quai et on prend la pendille à côté d'un Aloa coque marine. Il y a une grue de 6t, reste à trouver un soudeur, éventuellement. L'eau est claire dans le port... 15°c au thermomètre ! Sans combi... brououou !

Traversée du golfe de Fos

A l'approche du golfe de Fos

Cap Couronne

Cap Couronne

Alerte à Carro

Le cap'tain a une petite mine au réveil, mal dormi à tourner l'énigme dans sa tête... La capitainerie est encore fermée ce matin, ma foi on s'en fiche, on a l'électricité sur le quai. Grand soleil avec un petit mistral force 4-5B. Ce port est bien abrité mais avec du ressac. Après quelques recherches infructueuses sur le port auprès des pêcheurs et d'un chantier/loueur, on revient dépités au bateau et... que vois-je ? Des bouteilles de plongée sur le quai à côté d'une estafette : les pandores marins ! Ils s'apprêtent à partir plonger en exercice. On va venir voir, pas de problème... me répond un beau brun après lui avoir expliqué notre souci ! Un moment après, il plonge du quai, tourne quelques minutes autour du safran et ressort : désolé, nous dit-il, tout à l'air normal. Après quelques explications, ll va voir une deuxième fois, fait tourner le safran des deux côtés et confirme : tout a l'air correct. On le remercie chaleureusement ! Il appartient à la brigade de gendarmerie nautique de Martigues.

En repartant, il nous lance : j'espère que vous n'enverrez pas un Pan-Pan... il faudrait qu'on vienne vous chercher ! A la fois soulagés et perplexes, nous décidons de rester là un jour encore, la météo prévoit du vent moins fort, toujours portant pour demain.

Je pars faire les courses, un badaud qui promenait son chien sur le quai nous a indiqué les commerces ouverts. J'aime beaucoup cet endroit : un vrai petit port vivant avec une plage au fond sur laquelle donne le terrain de pétanque sous les tamaris, bien à l'abri du mistral. Le soleil d'automne tape, il fait carrément chaud ! Bon plan pour passer l'hiver ? Il y a 2 boulangeries, une épicerie, un boucher, un bistrot, plusieurs restaurants encore ouverts et bien sûr le poisson frais direct des nombreux pêcheurs. Pas d'immeuble pour barrer le paysage, seulement de petites maisons d'aspect modeste, bien entretenues. Au dessus du port, un parking payant très fréquenté par les camping-cars. Service de bus à 1 Euro pour Martigues. Seule inconnue : les sanitaires, fermés comme la capitainerie. Le tarif de passage indique : 10 Euro/nuit, 240 Euro le mois.

Au menu du déjeuner : pageots portions tout frais de la nuit, au four sur un lit d'oignons-tomates et herbes de Provence... un régal.

Mais pa ni WIFI, comme on dirait outremer... L'Ubiquiti me donne plein de possibilités, mais tout est verrouillé.

On verra à l'escale suivante.

Carro

Carro : un petit port vivant

Intervention de la brigade nautique

La brigade nautique en action

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